PRESENTATION DE LA DEMARCHE AGENDA 21 DE L’ILE DE GROIX  

 

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2 - Le développement durable, une notion à préciser

Le développement durable fait partie de ces notions très consensuelles, qui font presque l’unanimité, mais dont on peine à comprendre la porté pratique. Utilisées à toutes les sauces, par les médias, les associations, les hommes politiques et le commun des mortels, elles finissent par s’user de manière presque aussi consensuelle, et l’on finit par se demander in fine qu’est-ce que cela pouvait bien vouloir dire au départ ?

Chacun d’entre nous, interrogé dans la rue, sera "plutôt pour" le développement durable. Si l’on nous demande alors qu’est-ce que l’on entend par ces deux mots, nous seront probablement assez d’accord pour dire qu’il faudrait commencer par polluer MOINS, tout en maintenant notre niveau de vie, donc en produisant AUTANT ou PLUS, mais en produisant MIEUX, et ce pour les siècles des siècles, afin que ce soit DURABLE.

Nous serons, enfin, toujours plutôt d’accord sur le fait que les autres populations de la planète ont droit à leur développement durable. Mais si les chinois ou les indiens, qui représentent le tiers de l’humanité, décident à leur tour de s’équiper massivement en véhicules à essence, ils menacent notre développement durable à nous. Là, cela commence à se compliquer.

Ce qui pose problème, dans la définition du développement durable, ce n’est pas tant la durabilité de la chose, mais plutôt ce que l’on entend par développement. Si par développement on entend croissance continue (de la consommation en volume ou du nombre d’êtres humains sur la planète, ...) les mathématiques associées aux lois élémentaires de la physiques nous enseignent que cela ne sera pas durable. Cela pourra certes durer un certain temps : mine de rien, depuis Lucy, cela fait 2 millions d’années que ça dure [1]. Cependant, on estime que nous avons dépassé au cours des années 70, la capacité de renouvellement naturelles de notre biosphère. C’est un peu comme si depuis, nous consommions tous à crédit dans une seule et même banque. Si la banque fait faillite, nous sommes tous sur la paille en même temps.

La question peut alors se reporter sur la date à laquelle nous allons payer l’addition. Tout semble indiquer (réchauffement climatique, fin du pétrole, érosion des sols et de la biodiversité) que nous devrons affronter ces problèmes au cours du XXIème siècle. On peut faire remarquer qu’une bonne part de l’humanité paye déjà l’addition, et depuis un certain temps. Il s’agit du tiers monde.

Bref historique de la notion de "développement durable"

Le premier sommet de la terre de Stockholm en 1972, met en avant l’importance de prendre en compte l’écologie au sens large dans le développement des activités humaines : c’est la notion d’éco-développement. Le rapport du Club de Rome (1972 également) prévoit, lui, que sans quelque chose comme l’éco-développement, nous allons assister à un effondrement de nos économies à la moitié du XXIème siècle.

Puis en 1980, l’"UICN [2] publie un rapport intitulé "La stratégie mondiale pour la conservation". La notion de « développement durable » - traduite de l’anglais « sustainable development » - apparaît pour la première fois.

En 1987, la Commission mondiale sur l’environnement et le développement publie sous l’égide de Gro Harlem Bruntland [3] un rapport s’intitulant « Our Common Future » - "Notre avenir à tous" en français (consultable ici), plus connu sous le terme de "Rapport Bruntland" - qui donne corps à la notion de développement durable. La définition que donne le rapport Bruntland du développement durable est la suivante :

« un développement qui répond aux besoins des générations du présent sans compromettre la capacité des générations futures de répondre aux leurs. Deux concepts sont inhérents à cette notion : le concept de " besoins ", et plus particulièrement des besoins essentiels des plus démunis, à qui il convient d’accorder la plus grande priorité, et l’idée des limitations que l’état de nos techniques et de notre organisation sociale impose sur la capacité de l’environnement à répondre aux besoins actuels et à venir. »

Un aspect non négligeable de ce rapport est le constat que la fracture nord/sud - en termes de pauvreté - est très dommageable au développement durable (cf. plus haut, par exemple, sur les voitures chinoises ou indiennes).

Ce sont les recommendations de ce rapport qui ont conduit à la convocation, en 1992 du Sommet de la Terre de Rio de Janeiro, qui consacre le terme de développement durable. La définition donnée à Rio s’appuie sur l’articulation de trois conditions sine qua non :
- progrès économique,
- justice sociale,
- préservation de l’environnement.

En 2002 enfin, le sommet de la terre de Johanesburg, "Sommet mondial sur le développement durable (SMDD)", met la notion au coeur du débat.

Le 30 octobre 2006, l’économiste Nicholas Stern publie pour le gouvernement du Royaume-Uni un rapport de plus de 700 pages estimant l’ampleur des répercussions en termes de coût économique du réchauffement climatique. C’est le premier rapport financé par un gouvernement sur le réchauffement climatique mené par un économiste et non par un météorologue. Un tournant important.

Qu’en ressort-il ?

La définition du développement durable a progressé en intégrant celle de "justice sociale". l’expression de "développement durable et solidaire" est donc plus exacte. Ce que le concept ne permet toujours pas d’apréhender en revanche c’est la résolution du dilemne développement/pénurie :

- Puisque les hydrocarbures génèrent de l’effet de serre et donc que leur consommation doit être divisée (par quatre, par exemple, pour la France) d’ici moins de trente ans pour redescendre en dessous de la moitié du taux d’émissions de 1990, condition nécessaire de non aggravation du réchauffement climatique qu’entrainera de toute façon les émissions produites depuis la révolution industrielle,
- Puisque dans le même temps, la productivité des dols cultivés diminue, malgré des apports en engrais et pesticides énormes (la france en consomme autant sur son sol que l’ensemble des Etats Unis), et risque fort de diminuer encore plus pour cause de mort microbiologique, puis d’érosion des sols ; sans compter que sans pétrole, plus d’engrais ni de pesticides de synthèse,
- Puisque dans le même temps la population mondiale continue de s’accroître, que les pays émergeants du tiers monde puisent de plus en plus dans le capital "hydrocarbures" de la planète pour leur (légitime) développement,

... on peut être dubitatif quant-à la possibilité, dans ce contexte, d’un développement dans le sens d’une "croissance" ou même d’une simple "constance" des besoins, qui puisse avoir lieu d’une manière durable, ou soutenable, et solidaire. Penser que le progrès technologique permettra de réaliser toutes les économies nécessaires en moins de trente ans sans que cela ne se répercute sur nos modes de vie semble un pari audacieux.

Pour être clair (c’est un sujet fort polémique), le développement devra fort probablement s’accomoder d’une décroissance pour être durable.

Alors cela ne sert à rien ?

Bien au contraire. Si l’on entend par développement durable :
- accepter de se fixer comme objectif de tendre à ne pas ponctionner plus sur la biosphère que ce qu’elle peut renouveler,
- faire tout ce que l’on peut pour réduire dans le même temps nos gachis d’énergie et de ressources (logements mal isolés, transports massifs sur longue distance,...),
- pousser (par l’organisation, la formation et la recherche) dans le sens d’une plus grande efficacité de nos processus (moins énergivores, moins générateurs de déchets, moins consommateurs de ressources non renouvelables),
- et le faire en considérant que la terre est "une et indivisible", donc que la solidarité aux plans locaux et internationnaux est une nécessité,

... si en somme, le développement durable se traduit par la conjonction de "pratiques viables à terme" quitte à y perdre un peu en confort et à devoir s’adapter, la notion gagne du sens.

Nous conduira-t-elle à un développement ? L’avenir nous le dira très certainement.

[1] Mais jusqu’à l’aube du XXème siècle, cette croissance était somme toute modeste. Elle a explosé dans les 100 dernières années. Nous sommes deux fois plus nombreux qu’en 1960, quatre fois plus qu’en 1930 et dix fois plus qu’en 1700.

[2] Union Internationale pour la Conservation de la Nature

[3] Femme d’exception, Docteur, 3 fois premier ministre de Norvège, invitée 1983 par le Secrétaire général de l’ONU à créer et à présider la Commission Mondiale sur l’Environnement et le Développement qui publiera son rapport « Our Common Future » en avril 1987. Le 13 mai 1998, elle estt élue à Directeur Général de l’OMS et occupera ce poste jusqu’en 2003.


(rédigé par   pierre )
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